Interview : Di@ph

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Se définissant lui-même comme un homme-orchestre qui compose une musique électronique à la fois puissante, aérienne et expérimentale, aux tendances indus et post-rock, Di@ph publiait en août un EP éponyme.
Passionné par la musique, Di@ph a accepté de nous parler de sa passion et de ses compositions, le temps d’une interview.

Salut Di@ph ! Peux-tu te présenter rapidement pour ceux qui ne te connaissent pas ?
Salut à toute l’équipe d’Amalgame musical webzine et à vos lecteurs ! Pour essayer de faire bref, on peut dire que je suis un musicien stéphanois de 32 ans, réalisant cette année 2016 le premier EP studio de Di@ph, le fruit d’un projet qui a longuement mûri dans mon home studio, et qui est aujourd’hui destiné à être joué live. J’aime la musique depuis mon plus jeune âge, j’ai eu la chance de pouvoir jouer en groupe avec mes amis pendant quelques années, enregistrer deux albums, partager la scène avec de superbes musiciens, et acquérir au fil du temps le matériel et les instruments correspondants à mes envies sonores. J’aime aujourd’hui explorer la richesse et l’authenticité du son de mes vieux claviers vintage, combiné au potentiel technique qu’offrent actuellement les musiques électroniques et le matériel disponible….

Ce nom il vient d’où ?
A l’origine, Di@ph n’est finalement que le diminutif de diaphragme, un muscle très mince qui est en quelque sorte le moteur de notre respiration et qui nous amène à inspirer, à l’image de l’équilibre personnel que j’ai pu construire autour de la musique, cette bouffée d’air au milieu du quotidien que représente le simple fait de s’asseoir devant ses instruments, d’avoir la liberté de faire corps avec ce que l’on joue, et saisir ou savourer l’inspiration d’un instant. Le diaphragme est aussi la pièce maîtresse d’un appareil photo qui laisse passer plus ou moins la lumière, l’image de cette musique que je compose, qui laisse exprimer une partie de moi plus ou moins obscure, et parfois même très lumineuse. Le @ est arrivé pour plusieurs raisons et m’a d’ailleurs posé quelques problèmes pour diffuser le nom sur certaines plateformes de streaming (sic), c’est un clin d’œil au fait que Di@ph ait longtemps existé uniquement sur le web, une boulimie de composition m’amenant jour après jour à poster mes morceaux sur MySpace ou Soundcloud sans pour autant penser à les jouer live par la suite; c’est comme ça qu’est né ce projet. Au-delà de cette petite histoire, sur la forme, le @ ressemble étrangement aux potentiomètres de mes différentes machines…

Quand as-tu commencé la musique et qu’est-ce qui t’a donné envie de la partager avec un public ?
J’ai commencé la musique très jeune aux alentours de 4 ans, ma mère, professeure de piano, me donnant mes premières leçons. La musique était omniprésente à la maison. Je me suis épanoui à travers l’improvisation plus qu’avec la lecture de notes sur partitions et le solfège. J’ai rencontré au lycée les amis musiciens avec lesquels j’ai joué de nombreuses années dans un groupe de death metal atmosphérique, aux tendances progressives et mélodiques nommé Aabsinthe. J’ai eu la chance de découvrir un tas de groupes sur les routes pour partager la scène, et les goûts musicaux très éclectiques de notre bande d’amis m’ont ouvert à un très large spectre musical du metal à l’électro en passant par le jazz et le classique. (Je développerai ce point dans la prochaine question!) Lorsque l’aventure avec Aabsinthe s’est terminée, je me suis enfermé dans une bulle avec mes différentes machines et mon piano pour satisfaire ce besoin primordial de poursuivre une activité musicale avec un nouveau projet, qui était déjà né parallèlement à la vie du groupe. Je suis aujourd’hui très heureux d’avoir pu réaliser ce premier EP avec une production studio à la hauteur de mes espérances pour revivre je l’espère, par la suite, de nouvelles aventures sur scène…

Tu dis puiser ton inspiration dans des groupes et registres très éclectiques. Quels sont les groupes et les artistes qui t’influencent le plus ?
J’ai longtemps baigné dans la musique classique à la maison de par la profession de ma mère. Depuis mon adolescence je m’intéresse à tous les styles musicaux du plus doux au plus extrême… comme je l’ai dit plus haut, le fait d’avoir évolué en groupe pendant plusieurs années avec 5 personnes aux goûts musicaux très éclectiques m’a permis de découvrir un grand nombre d’artistes. J’étais fan des premières heures de Radiohead et j’ai suivi attentivement leur évolution vers la musique électronique avec beaucoup d’admiration pour ce décloisonnement artistique et cette ouverture, Kid A a été particulièrement marquant pour moi quand je n’avais encore que 15 ans. J’ai écouté par la suite un grand nombre de groupes de rock progressif comme par exemple Porcupine Tree, au sein desquels la place des claviers et autres éléments électroniques étaient omniprésente dans les compos. J’aime beaucoup Trent Reznor et certains de ses projets autour de Nine Inch Nails, comme par exemple sa collaboration récente avec Atticus Ross, le rock alternatif de A Perfect Circle, et certains de leur remix électro. Je m’intéresse aussi à la démarche de collectifs comme le Wu Tang Clan, côté hip hop, les projets de RZA, ou d’autres artistes solo électro comme Nathan Fake, Four tet, Mr Oizo, Dj Shadow, et bien d’autres… J’ai baigné longtemps dans les groupes de post rock, qui développent des ambiances, comme par exemple la musique instrumentale de Mogwai,Pélican, jusqu’au post hardcore de Cult Of Luna notamment l’album Somewhere along the highway. Je me suis habitué à écouter des groupes qui installent une atmosphère sans forcément y incorporer une voix, comme par exemple le travail d Ez3kiel dans cette veine.

Tu définis ton style comme « un projet de musique électronique à la fois puissante, aérienne et expérimentale, aux tendances indus et post-rock ». Tout un programme donc, tu peux nous en dire plus ?
Je qualifie mon style musical comme ceci car Di@ph est finalement le résultat de toutes les influences citées plus haut! Et donc à la confluence de ces influences. C’est donc un grand mélange comme vous aurez peut-être pu le constater à l’écoute, de musique électronique et d’éléments plus rock et atmosphériques. Je la considère puissante voire spatiale comme l’a qualifiée, amusée, l’une des personnes avec lesquelles j’ai réalisé l’enregistrement du disque ; J’aime installer une ambiance et la faire monter en puissance, et c’est en live que cette musique prendra cette dimension peut-être plus qu’à l’écoute du disque chez soi…

Au mois d’août tu as sorti un premier EP éponyme. Peux-tu nous parler de sa composition et de son enregistrement ?
Comme Di@ph a existé longtemps uniquement en home studio, j’ai dû produire plus d’une centaine de titres à la maison, avec beaucoup de déchets et au final une vingtaine de compos qui valaient la peine d’être travaillées de manière plus poussée. Au fil du temps, j’ai souhaité aller plus loin et construire ce projet d’une nouvelle manière pour être joué live. Je me suis équipé de nouveaux éléments techniques qui me manquaient pour pouvoir jouer certains de ces titres sur scène, et c’est au cours d’une résidence en juin 2015 à la scène de musiques actuelles de Saint m-Etienne Le Fil, que j’ai pu finaliser et adapter une dizaine de ces titres. Je travaille avec deux synthétiseurs vintage des 80’s, un Sequential circuit pro one monophonique pour son son de bass puissant et exceptionnel et un clavier polyphonique, le Korg polysix, pour les leads. J’utilise également un grand nombre de plug-in pour retraiter le son de mon piano et ajouter des effets, je sample mes claviers analogiques pour enrichir les compos et créer des boucles à déclencher, et j’utilise des instruments virtuels sur ordinateur pour programmer des séquences midi et les synchroniser entre elles avec mon contrôleur. L’EP a été enregistré à l’Ohmnibus studio à Saint-Etienne, avec Gregory Aliot en charge des studios de la SMAC ou j’avais effectué ma résidence; il connaissait donc déjà bien mes compos. Comme j’évolue en autoproduction et que le coût d’un enregistrement studio est considérable, il a fallu limiter le temps de ce travail et donc le nombre de titres à enregistrer, j’ai donc choisi de me concentrer et retravailler 4 des 10 titres déjà joués au Fil. J’ai eu la chance de travailler en studio avec deux personnes très compétentes et professionnelles, ils ont su adapter leur méthode de travail pour gérer les nombreux paramètres et la configuration de mon matériel.

Y a-t-il un titre sur cet EP que tu aimes particulièrement et dont tu voudrais nous raconter l’histoire ?
J’aime chacun des titres, la question est donc compliquée ! J’ai peut-être une préférence pour O@zif qui a été composé à la naissance de Di@ph et qui a beaucoup évolué depuis… Je pense aussi que c’est l’un des titres les plus efficaces pour la suite en live, bien que chaque compos présente son intérêt ! Chaque session de ce morceau restera unique sur scène car les effets aléatoires utilisés sur les beats apportent un groove à chaque fois différent au titre. C’est aussi le titre qui représente le plus l’équilibre musical que je recherche depuis la création de ce projet.

Et alors la pochette de cet EP elle nous intrigue aussi. Peux-tu nous l’expliquer ?
La cover du disque n’est autre que la skyline de Saint-Etienne de nuit, la ville où je vis, et dans laquelle j’ai grandi. C’est un point de vue que j’ai immortalisé en 2014, un soir d’été, un peu désœuvré, et avec l’idée de recréer quelque chose musicalement après la fin de l’aventure avec le groupe dont je faisais partie. Cette vue de nuit est aussi un clin d’œil à la vie nocturne qui animait ce projet, les longues insomnies sur les machines et parfois même jusqu’à l’aube… Si on veut aller plus loin dans l’analyse, on peut dire aussi que chacune des lumières représente les souvenirs musicaux qui font de Di@ph ce qu’il est devenu.

On imagine que tu dois toi-même faire quelques belles découvertes musicales que ce soit en partageant des scènes ou en divaguant sur le net. Quels sont les groupes ou artistes à suivre pour l’année 2017 selon toi ?
J’ai fait un bon nombre de découvertes sur le web et sur scène, trop d’ailleurs pour en faire un inventaire complet…! Mais je peux m’arrêter sur le cas des Français de Gojira avec qui j’ai eu la chance de partager une scène il y a fort longtemps, et qui vont bientôt entamer une tournée au pays après celle qui est en train de se faire aux US, leur dernier album Magma est excellent! Il y a aussi la rencontre à suivre de Cult of Luna et la chanteuse Julie Christmas, qui entament une tournée sur cette fin d’année, j’espère vraiment qu’ils passeront en France en 2017. Sinon dans un registre plus électro, je suis curieux d’écouter le nouvel album de Justice Womanqui sortira le 18 novembre 2016, il y a aussi la sortie de l’album live de Moderat qui réunit Modeselektor et Apparat, deux formations que j’aimais déjà beaucoup sur leurs albums respectifs, et dont les premiers extraits que j’ai pu écouter sont plus qu’alléchants. À suivre aussi, les groupes Kiev et Other lives qui s’inscrivent dans la veine de Radiohead, et dont j’aime beaucoup les compos. Pour finir, et comme une interview est toujours l’occasion de parler des copains et faire un peu de pub, je conseil de suivre le Valentinois d’Abîm, qui a sorti une belle démo cette année et qui a déjà fait quelques dates.

Et si tu avais l’opportunité de collaborer avec un artiste ou groupe tous style et notoriété confondus ce serait ?
Si j’avais cette opportunité je choisirais prioritairement de collaborer avec un MC notamment sur le titre Frelons, sur lequel j’aimerais vraiment ajouter des lignes de chant et dont les paroles avaient même été écrites auparavant, mais je n’ai pas encore fouillé cette piste pour la faire aboutir. Si j’avais le choix, toute notoriété confondue, je rêverais de solliciter les rappeurs du groupe Antipop consortium, Dälek ou encore RZA dont j’aime beaucoup le flow. Et vous me tendez une perche pour rêver encore un peu plus, alors je citerais également le nom de Thom Yorke comme collaborateur potentiel! L’idée de remixer les titres d’autres artistes de musique électronique me plairait beaucoup, j’envisage d’ailleurs d’engager quelques contacts pour voir si cela serait réalisable, mais il faut d’abord que mon projet plaise aux potentiels collaborateurs !

L’hiver est là alors c’est quoi la playlist de Di@ph à s’écouter au coin du feu ?
1/ Neil young (Harvest)
2/ Ben Howard (Black flies)
3/ Radiohead (Nude)
4/ Nathan Fake (The sky was pink)
5/ Kiev (Be gone dull cage)
6/ Other lives (Easy way out)
7/ Chemical brothers (Hold tight London)
8/ The Notwist (Pick up the phone)
9/ Thom Yorke (Black swan)
10/ Ez3Kiek (Zero gravity)
11/ David Bowie (Lazarus)
12/ Cloud control (My fear)
13/ Apothek (Waiting for the thunder)
14/ Modeselektor (This)
15 / Howling (X Machina)
17 / Pj Harvey (This mess we’re in)
18/ Radiohead (Kid A)
19/ Funkstörung (Spark In a sea of echoes)
20/ Ludovico Einaudi (Indaco)

As-tu des projets pour 2017 ?
La sortie d’un support va d’abord m’aider à démarcher certains labels pour envisager un album par la suite, car un enregistrement coûte cher et je pourrai difficilement réaliser cela tout seul, le statut d’autoproducteur a ses limites ! En 2017, j’aimerais pouvoir faire valoir ce premier EP sur scène, c’est pour l’heure ma priorité! Un set de 6 titres est maintenant prêt à être livré au public. J’envisage dans l’immédiat une première date pour fêter cette sortie à Saint m-Etienne, et je postule en ce moment a différents appels à candidature pour réaliser des tremplins musicaux destinés aux artistes émergents…. J’ai notamment pour projet de réaliser une Bold Sessions à la SMAC Le Fil à Saint Etienne, un programme permettant de réaliser une résidence d’une semaine pour préparer un live avec une captation vidéo. J’aimerais notamment à cette occasion finaliser un travail de Vjing pour accompagner ma prestation.

Partagerais-tu une petite anecdote avec nous pour terminer ?
J’ai baptisé l’un des titres de l’EP Frelons le jour où j’ai failli me planter en bagnole à cause de l’une de ses grosses bêtes qui s’était posée sur mon avant-bras… Les nappes de claviers qui arrivent au milieu du titre me faisant penser à un vol groupé de frelons, ahahah !

Et le mot de la fin :
Merci à vous pour cette opportunité de partager mon projet avec vos lecteurs 😉 et RDV aux prochains concerts !

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