Interview : Rezisto

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Benou Beauciel

Originaire de la Région Centre, Rezisto est un groupe de rock français. Particulièrement touché par l’actualité, le quatuor veut faire oublier les inégalités à travers des textes en français en alliant messages forts et respect des codes littéraires.
Après un EP sorti en juin, nous avons posé quelques questions à Rezisto qui le temps d’une interview nous dit tout sur sa formation et son univers musical.

Salut Rezisto ! Pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
Salut !
Kristo : Rezisto c’est un groupe de rock français. Nous venons de la région Centre, entre Tours et le Loir-et-cher. Avec Sandra à la batterie, Greg à la basse, Sly à la guitare et moi au chant et à la guitare.
Stephane Hessel disait «Le motif de la résistance, c’est l’indignation». C’est l’indignation qui nous pousse à monter sur scène pour parler des injustices de notre monde, le nom du groupe s’est donc imposé à nous de lui-même !

Racontez-nous un peu la rencontre et la formation du groupe.
Kristo: Avec Cédric, notre ancien batteur et ami depuis 20 ans, après avoir joué dans différents groupes nous nous sommes dit qu’en tant qu’artistes nous avions la chance de pouvoir nous faire entendre et qu’il serait dommage de ne pas se servir de ce vecteur pour faire passer un message qui nous tient à cœur, un message « humaniste ».
L’envie d’un écrin puissant et électrique pour nos textes nous a naturellement menés au rock. Nous avons proposé à notre ami de longue date Greg de venir avec sa basse et ayant partagé quelques scènes avec des groupes où Sly tenait la guitare lead nous avons immédiatement pensé à lui!
Pendant l’enregistrement de notre dernier EP « Pachamama » Cédric a décidé de partir vers d’autres aventures musicales mais continue de travailler sur nos clips comme « Nucléaire » qu’il a réalisé ou « Que restera-t-il ? » où il a participé au montage.
Depuis Sandra nous a rejoints, nous apportant une nouvelle dynamique, une rythmique différente et une autre culture musicale qui nous a permis d’élargir notre référence !

Vous vous revendiquez groupe de rock français. La langue française a quelque chose en plus selon vous ?
Sandra : Elle nous permet d’exprimer nos idées de façon plus personnelle, plus précise que si on utilisait une langue qu’on ne maîtrise pas forcément bien.
Et elle nous permet bien sûr d’être compris….en France tout au moins!
Kristo : La langue française est compliquée et elle est difficile à dompter en particulier pour se marier avec le rock, mais elle est tellement belle qu’elle permet de faire passer des messages tout en gardant une certaine exigence littéraire, pour un peu que l’on veuille bien se donner un peu de mal !
Sly : Et comme on l’a apprise en premier à l’école, c’est plus facile.
Greg : Oui, je pense qu’elle a en plus la subtilité de la poésie.

Dans votre biographie on peut lire « Rezisto, c’est refuser les inégalités sociales, de sexe, de couleur de peau. ». C’est vraiment ce que vous cherchez à faire dans vos textes ?
Kristo : Ça serait naïf de croire que l’on peut changer le monde avec des chansons, ou même illusoire de penser que l’on pourrait infléchir des opinions. Mais je crois profondément que si un jour on veut récolter la paix il faut commencer par tous les moyens par planter des petites graines de tolérance, de justice et de respect de notre terre et de notre prochain.
Nos petites graines à nous ce sont des chansons. D’ailleurs on pourrait nous dire que c’est assez facile de chanter ce genre de thèmes devant un public qui est déjà acquis à ces causes : et bien d’une part ce n’est pas toujours le cas, on ne sait pas ce qu’il y a dans le cœur des gens, mais c’est aussi parfois nécessaire d’entendre que l’on n’est pas le seul à penser ce que l’on pense.
Il est bien plus facile et reposant de ne pas résister, j’espère que ce que l’on essaye de faire passer dans nos textes peut devenir contagieux et redonner la force à certains de continuer à s’indigner de toutes les injustices qu’ils croisent au quotidien !
Sandra : On ne cherche pas à les refuser dans les textes, on les refuse et on le dit. On n’a pas la prétention de pouvoir changer les choses mais nous sommes sensibles aux comportements discriminatoires et nous avons envie de le dire. Comme dit Kristo le fait de le dire représente les petites graines que nous plantons…en espérant que certaines pousseront…
Greg : Même si je pense aussi qu’on ne changera pas le monde, on peut essayer de faire réfléchir les gens par eux-même.

L’actualité vous inspire-t-elle particulièrement ?
Kristo : Bien sûr qu’elle nous inspire, mais il faut aussi puiser ses inspirations ailleurs, car par définition l’actualité se périme rapidement ! C’est toute la difficulté pour une chanson, elle naît parfois d’un fait ou d’un événement du moment, comme une réaction épidermique même souvent, mais il faut en faire ressortir le côté universel pour que même des années plus tard elle continue à nous interpeller.
Sly : Évidemment, surtout l’actualité politique qui est un puits sans fond pour l’inspiration.

Et quelles sont vos influences ?
Kristo : Au delà de références communes évidentes comme No One Is Innocent ou Noir Désir, la richesse d’un groupe c’est aussi la somme des références personnelles de chaque membre ! Pour ma part que ça soit pour la musique comme pour les textes ceux qui m’ont inspiré vont de Alain Bashung et Jean Fauque à Stephan Eicher en passant par Thiéfaine ou Blankass.
Sandra : Perso, je suis tombée très jeune dans la marmite du punk-rock français avec des groupes comme Les Bérus, les Shériffs, Parabellum… et dans la chanson française (d’abord Renaud, Thiéfaine puis La Rue Kétanou, Les Ogres de Barback… et plein d’autres car il y a en France un nombre impressionnant de groupes ou artistes solos qui ont vraiment des choses à dire et qui le disent super bien !)
Sly : No One is Innocent, Tagada Jones, Bukowski et l’énorme Fat Wreck évidemment !
Greg : Métal (Pantera, Mettalica, Slayer) mais aussi beaucoup de choses éclectiques comme Dub Inc, Broussaï etc…

Votre nouvel album est sorti en juin dernier. Pouvez-vous nous parler de sa composition et de sa réalisation ?
Kristo : Nous avions sorti un premier EP enregistré à peine quelques mois après la création du groupe. Entre temps nous avions commencé à trouver notre son et nous avons voulu rapidement sortir un nouvel opus plus représentatif de ce qu’était devenu Rezisto au fil des concerts. Nous avions déjà quelques titres écrits que nous avions commencé à jouer sur scène. Nous y avons ajouté d’anciennes chansons que j’avais écrites pour d’autres projets, chansons que nous nous sommes réappropriées et que nous avons réarrangées pour qu’elles sonnent « Rezisto ».
Nous avons la chance de pouvoir répéter et enregistrer au studio de l’association Jeunes Talents Productions. Nous avions donc le luxe de pouvoir prendre le temps de bien produire l’album. Là où le premier EP était fait « dans l’urgence » presque live, pour celui-ci nous voulions un vrai album de studio. Nous avons enregistré, mixé et masterisé nous même les titres de ce disque.
D’ailleurs de la pochette en passant par le studio ou les clips tout est fait 100 % par nous. Personnellement je trouve que c’est un luxe très agréable, bien que ça demande énormément de travail, mais c’est le prix de la liberté.
Mais nous n’excluons pas un jour d’enregistrer un disque produit par une personne extérieure qui pourrait nous apporter un nouveau souffle et une nouvelle direction !

Si vous n’aviez qu’un titre sur cette production à nous recommander ce serait lequel ? Et pourquoi ?
Sandra : Je voulais proposer Le Poing Levé mais il vient du 1er EP !
Sly : Trop difficile !
Greg : « Que restera-t-il » car c’est un morceau qui pose des questions sur l’avenir de notre planète.
Kristo : C’est un peu difficile pour moi de faire un choix, mais j’aimerais que les gens écoutent « Louise ». C’est une sorte de monologue épistolaire fictif de Victo Hugo, qui n’est qu’une excuse pour parler d’une grande dame, grande figure de la Commune de Paris : Louise Michel. C’est aussi un hommage à toutes les femmes qui se sont battues pour leurs idées et dont l’histoire trouve moins d’écho que si elles avaient été des hommes !

Avez-vous vous partagé la scène avec quelques artistes que vous souhaiteriez nous faire découvrir ?
Sandra : Des groupes comme Le Brautigan club, Maracu’Jah ou Blast
Kristo : Effectivement Le Brautigan Club, une très belle rencontre autant humaine que musicale, ou nos amis de Blast qui vont bientôt venir enregistrer leur disque dans le studio de Jeunes Talents Productions.

Et si vous aviez l’opportunité de collaborer avec un artiste ou groupe tous styles et notoriété confondus ce serait ?
Sandra : Renaud
Kristo : No One is Innocent, on peut rêver, mais après tout !
Sly : Bah oui faut rêver dans la vie ! No One évidemment !
Greg : No One également
Sandra : No One ça me va très bien aussi hein !!!

Puisque Noël et les cadeaux étaient, il y a peu, d’actualité, est-ce que vous vous souvenez du premier album ou disque (ou cassette) qui vous attendait sous le sapin ?
Kristo : Ce n’est vraiment pas rock : un vinyle de Chantal Goya… Rassurez-vous ça fait quelques décennies que je ne l’écoute plus !
Sandra : Un 33T de Claude François mais j’avais déjà un superbe 45T de Jimmy Frey : Une rose pour Sandra…
Sly : Très probablement un album de Joe Satriani !
Greg : ça remonte à loin cette histoire…je me demande si ce n’était pas JJ Glodman.

Avez-vous des projets à venir pour 2017 ?
Sandra : On a quelques concerts prévus, on aimerait composer quelques nouveaux morceaux aussi et surtout continuer à prendre du plaisir en musique !
Kristo : L’agenda commence déjà à se remplir, ça serait bien qu’entre 2 concerts on arrive à se poser un peu pour composer de nouveaux titres. Personnellement je commence à avoir des idées griffonnées sur des petits carnets, espérons qu’elles deviennent des chansons !

Pour finir, auriez-vous une petite anecdote à partager avec nous ?
Sly : Quand j’étais petit, j’avais un poisson rouge prénommé « Cassius ». Et un jour, il est mort.
Sandra : Pas mieux que Sly !

Et nous vous laissons le mot de la fin :
Au revoir et à bientôt en concert…

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