Interview : Lingus.

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Trio masculin, Lingus s’illustre dans un style plutôt rock hybride. Véritable « melting rock », le groupe décline sur une base rock plusieurs styles musicaux allant de la dubstep au hip-hop en passant par le jazz.
Si vous ne voyez pas exactement ce que cela peut donner, Lingus vous propose de constater par vous-même à travers son premier EP « The Story of MisterSides ».
Afin d’en savoir plus sur l’univers musical du groupe, ses influences et sa formation, nous avons posé quelques questions au trio le temps d’une interview.

Salut Lingus ! Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Bonjour Amalgame Musical Webzine ! Alors en quelques mots, Lingus est un trio stéphano-lyonnais de « melting rock » (on vient d’inventer l’expression, pas mal non ? Et en anglais car il paraît que ça passe toujours bien…) : notre volonté c’est d’essayer de mélanger plusieurs styles que nous aimons, mais toujours sur une base rock. Pour donner un exemple précis, ça peut donner des chansons « à tiroirs » comme « Aladdin’sCreed », qui est la dernière piste de notre premier E.P que l’on vient de sortir : gros riff rock, clins d’oeils dubstep et jazzy, un passage hip hop chanté en italien… bref, du grand n’importe quoi !
Et pour mettre des noms sur la corporation Lingus, on retrouve un certain Julien Russo à la batterie et aux samples, un dénommé Antoine Valex à la basse, au clavier, et au chant (le mec il sait tout faire), et Mathias Valex, frère de, à la guitare et au chant.

Racontez-nous un peu votre rencontre et la formation du groupe.
Alors concernant la rencontre entre les deux frères, elle a eu lieu un sombre jour de décembre en 1992 dans une clinique pour la naissance du plus jeune… Concernant Julien, nous avons eu le plaisir de le rencontrer en 2011 dans un autre projet musical que nous avons eu ensemble. Quand le groupe s’est séparé en 2014, nous avons voulu aller plus loin tous les trois, et continuer à jouer de manière plus sérieuse et rigoureuse.

Et ce nom « Lingus » il vient d’où ?
Pour nous il n’a pas de signification particulière (même si cela semble vouloir dire « langue » en latin) nous l’avons choisi parce qu’il s’agit du nom d’un morceau excellent du groupe de jazz fusion SnarkyPuppy, groupe que nous admirons tous les trois. Bon par contre, ce à quoi nous n’avions pas pensé, c’est la connotation sexuelle du terme que pas mal de monde s’évertue à nous rappeler… Dès que la blague sort, c’est la déprime pour nous.

Nous avons écouté votre EP et nous trouvons que ce style de « rock hybride » vous définit bien. Est-ce là une volonté de faire du rock mais de ne pas non plus se coller une étiquette ?
Oui effectivement, on a été tous les trois bercés par la musique rock, mais nous avons toujours eu un intérêt certain pour d’autres esthétiques musicales. L’idée de se cantonner au rock ne nous intéresse pas même si cela n’est pas forcément intellectualisé : nous faisons ce que nous aimons, et ce que nous aimons, c’est plein de trucs. Par exemple, nous allons régulièrement voir des concerts de jazz et même si objectivement nous sommes techniquement incapables d’en faire, on essaie d’en incorporer quelques bribes dans notre musique.
Pour nous, la cohérence et l’identité d’un groupe ne résident pas dans son style musical, mais tout simplement dans le fait que ce sont les trois mêmes zouaves qui jouent ensemble. On trouve ça dommage de rester cantonné à un style prédéfini, avec le risque que cela comporte : tourner en rond. Alors nous tentons des choses, plus ou moins réussies… 😀
Après nous sommes un groupe jeune, il est normal que nous testions différentes directions, mais on a l’impression que ce côté « chiens fous » sera quelque chose qui va rester.

Quelles sont vos influences musicales aussi bien personnelles que celles de Lingus ?
Comme nous avons pu le mentionner précédemment, elles sont bien évidemment multiples. A la volée, on peut citer : la folie de Mr Bungle, le propos politique et les riffs dévastateurs des Rage Against The Machine, la grandiloquence de Muse, le côté rock oriental des System of a Down,les Queens of The Stone Age, Deftones, Ibrahim Maalouf, Paco de Lucia, Brad Mehldau, Eric Truffaz, EsbjornSvensson Trio, Franck Zappa, Skrillex… On pourrait citer un milliard de choses et c’est dur de se restreindre à ces quelques noms ! Pour la petite anecdote, on a tous les trois pris une claque en allant voir les SnarkyPuppy en live, qui sont pour nous des modèles musicaux.

Votre EP « The Story of MisterSides » est sorti tout récemment. Parlez-nous un peu de sa composition et de son enregistrement ?
Oui nous l’avons sorti en octobre : nous en sommes assez fiers car nous l’avons élaboré de A à Z. La composition s’est faite à 3, et usée en répétition. Chez Lingus, tout se construit en groupe à partir d’une idée de départ de l’un d’entre nous. On prend le temps d’arriver collectivement à quelque chose d’abouti, et on n’arrête rien tant que nous ne sommes pas tous les trois satisfaits.
Nous avons la chance d’avoir Julien qui est non seulement batteur mais aussi ingénieur du son en devenir : nous avons réalisé les prises instruments dans notre local de répétition sur plusieurs mois en prenant le temps d’essayer des choses. Nous avons par exemple enregistré un saz sur le morceau « Guy2sides », des sons plus électroniques pour le côté production et arrangements, etc… Finalement nous nous sommes tous les 3 formés (y compris musicalement) tout en enregistrant ce premier EP. Julien s’est occupé du mixage intégral de l’EP puis nous avons confié le mastering à Brice Marin (High Tone, Brain Damage, etc.), un super ingénieur du son qui va nous suivre sur les concerts. Nous venons de le rencontrer, c’est un chouette type qui aide beaucoup le groupe.
Concernant le thème de l’EP, il tourne un peu autour du livre « La société du spectacle » du situationniste Guy Debord, qui, en schématisant rapidement, condamne toutes les formes de spectacularisation de la vie quotidienne. A partir de là, nous cultivons le paradoxe de notre propre mise en scène : nous condamnons l’idée de spectacle que nous réinvestissons finalement à travers notre musique et le fait de nous mettre en scène. Si Guy Debord voyait comment on l’utilise, il se suiciderait sans doute une deuxième fois, le bougre… Après, il y a toute une bagatelle de sujets annexes que nous abordons, des thématiques un peu absurdes saupoudrées de grandiloquence politique. A l’instar de l’arène politique, notre set live, c’est un peu une lutte pour nous : on se bat contre nos instru, nos micros, nos pédales d’effets… On se fatigue nous-même.

Y a-t-il un titre qui vous tient particulièrement à cœur sur cet EP pour son histoire ?
Le tout premier titre de l’EP a quand même une saveur particulière pour nous puisqu’il a été composé alors que notre précédent groupe n’était pas encore terminé. « Skrillage », c’est donc le point de départ de Lingus, un titre à la fois énervé et mélancolique.
On pense aussi au dernier titre de l’EP, sur lequel ont participéun pote rappeur (Baptiste Masselon) et un trompettiste qu’on aime beaucoup, Lucas Garnier(EroticMarket).
Après, les autres morceaux ont leur histoire mais ce serait un brin long que d’en exposer tous les tenants ici. 😀

Avez-vous vous partagé la scène avec quelques artistes que vous souhaiteriez nous faire découvrir ?
Non, nous n’aimons personne. Hahaha.

Puisque Noël et les cadeaux étaient (il y a peu) d’actualité, est-ce que vous vous souvenez du premier album ou disque qui vous attendait sous le sapin ?
Concernant les deux frangins, ce n’est pas vraiment sous le sapin, mais on se rappelle de la première écoute sur une cassette audio d’une compilation qu’un pote de camping nous avait faite avec en face A System Of a Down et en face B Rage Against The Machine… On sortait pour la première fois des influences rock seventies et jazz du papa… Un moment charnière pour nous ! Pour Julien, à 18 ans il écoutait des compils de techno quand son père lui a offert le 1er CD de Rage Against The Machine, et ça a été la claque pour lui. Depuis, fini la techno !

Avez-vous des projets à venir pour 2017 ?
La tournée des stades européens. Haha. Blague à part, nous allons sans doute réaliser une première petite tournée estivale en 2017. Un clip est aussi à l’étude.
En dehors de cela, on essaie de faire un maximum de concerts pour défendre cet E.P en fonction des opportunités qui se présentent. On dit oui à tout le monde ! Faites passer le mot 😀

Pour finir, auriez-vous une petite anecdote à partager avec nous ?
On a le souvenir effroyable mais mémorable d’un concert à 2 heures du matin sous un gros orage dans un festival d’été avec notre précédent groupe : la bâche qui servait de toit à la scène s’est trouée, de l’eau coulait sur nos instruments et amplis, plusieurs coupures de courant ont perturbé le set… C’était à la fois bien rigolo, mais aussi très flippant pour notre matériel. Il y avait des seaux partout sur scène que nous devions éviter pendant que nous jouions… Cataclysmique ! Et on ne vous parlera pas de la fois ou Mathias est tombé de scène sur une barrière de sécurité en glissant sur une flaque d’eau… Il a eu mal aux côtes pendant 1 an après ça. Bref, nous avons que des souvenirs… humides.

Et nous vous laissons le mot de la fin :
Ecouter Lingus, c’est s’ouvrir à une sorte de Stadium Rock Politico-Futuriste à consonance germanophile post-soviétique balkanisante. Avec un soupçon de pop sucre de canne prog-jazz funky caucasienne version electro dubstep-pharaonique. Bref, on est proche du génie.

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