Interview : Lil’Tone

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S’illustrant dans un registre pop lo-fi psychédélique au parfum punk, krautrock et folk, Lil’Tone puise son inspiration dans la diversité des styles musicaux des pays où il a vécu et particulièrement dans les sonorités british.
Bien plus intéressé par le produit brut qui révèle le vrai sentiment, l’artiste sortait au mois de juin un LP intitulé « Outside the Monastery ».

Afin d’en savoir plus sur cette production mais également sur le parcours musical de Lil’Tone, nous lui avons posé quelques questions le temps d’une interview.

Bonjour Lil’Tone! Peux-tu te présenter en quelques mots?
Je m’appelle Tony. J’ai 27 ans et je suis d’origine britannique et française. J’ai d’abord grandi en Angleterre à Luton, en périphérie de Londres. Ma famille a déménagé en Belgique en 1998. J’aime les frites et les bières, donc je ne suis pas prêt de partir !

Ce nom a-t-il une signification particulière ?
Je viens d’une famille où on est quatre frères. Mon père nous a donné chacun un surnom et une chanson un peu bête qui l’accompagne. Pour le nom du groupe, je suis resté sur cette idée. J’ai commencé ce nouveau projet en enregistrant des morceaux tout seul. Je voulais quelque chose simple, personnel et facile à retenir.

Quand as-tu commencé la musique ?
A six ans, j’ai commencé le piano. A quinze ans, j’ai viré vers la batterie pour ensuite m’essayer quelques années plus tard à composer des morceaux à la guitare et au chant. Ces derniers temps, je bidouille avec des synthés et des séquenceurs. Je viens d’une famille très musicale. Mon père joue de la guitare. Mon grand frère est DJ et est dingue de vieux synthés. Mon petit frère, un peu comme moi, joue un peu de tout. Après, j’ai encore un autre petit frère qui est dans la photo et le dessin. Nos passions sont très similaires et se croisent souvent : groupes de musique, compositions, production, projets clips, illustrations, etc.

Tu es d’origine française et britannique, et tu as vécu la majorité de ta vie à Bruxelles. Est-ce que la diversité des styles musicaux de ces pays t’a apporté quelque chose musicalement ?
Ouais, déjà en Angleterre, la scène musicale de l’époque me faisait rêver. La diversité, même pour un gamin, était affolante. A huit ans, tu as la folie Britpop à son zénith devant toi. ‘Firestarter’ de Prodigy est indécrochable du sommet du Top 50. Les Spice Girls sont des phénomènes planétaires… Arriver en Belgique a été un choc culturel à ce niveau-là car la musique prenait beaucoup moins de place dans le quotidien. Mon premier souvenir musical d’ici reste les 2B3 ! J’ai continué à découvrir la musique après ça via les vidéos de skateboard et les potes. On allait un peu partout en Belgique pour les skateparks et les concerts. Enfin, depuis que je suis en Belgique, j’ai vécu soit à Bruxelles, soit juste en dehors. Plein de groupes étrangers de toutes sortes viennent y jouer. La scène locale est très débrouillarde et les lieux de concerts et de soirées se multiplient ces derniers temps. Je suis intrigué par un peu de tout et je pense que cette ouverture se traduit dans ma musique. Le côté français, bah, j’ai moins d’attaches personnelles car je n’ai pas vraiment vécu là-bas. Musicalement parlant, si je pouvais fusionner deux artistes français, je créerai un certain Jacno Dutronc.

Tu définis ton style comme de « la pop lo-fi psychédélique au parfum punk, krautrock et folk. ». Peux-tu nous éclairer un peu plus sur ce que c’est ?
Je pense juste être une grosse éponge. J’écoute un peu de tout et ça se reflète dans ma musique. La spontanéité y est très importante. Je prends en main un instrument et j’enregistre les petits moments d’innocence, de fantaisie, de stupidité qui me traversent. La musique est la langue de l’émotion. Je ne vois pas pourquoi je commencerais à la maquiller d’un style en particulier ou d’un type de production définitif. La quête de la perfection tombe souvent dans le superficiel et l’ennui. Le produit brut est plus intéressant car il se rapproche du sentiment d’origine. Pour moi, c’est ça l’essence du punk et du lo-fi. Si je dis que c’est aussi de la pop, c’est purement à titre commerciale !

Au mois de juin tu sortais un LP intitulé « Outside the Monastery ». Peux-tu nous parler de sa composition et de son enregistrement ?
En fait, j’ai tout enregistré en janvier lorsque je m’étais déchiré les ligaments croisés du genou. La troisième fois en 9 ans… J’étais bloqué chez moi. Dans ce cas-là, tu tombes forcément dans une routine. Soit tu joues à Fifa, soit tu essaies d’être créatif. Juste avant de me blesser, je me suis acheter un séquenceur (Korg Electribe2). J’ai commencé à composer à partir de cet instrument et de la guitare. J’habites en collocation dans un duplex entourés par des dépôts, sans problème de voisinage. La cave a été transformée en salle de musique. J’y ai passé pas mal de temps avec un enregistreur 4 pistes. J’ai créé les bases de mes morceaux en deux à trois semaines. Quelque mois plus tard, j’ai acheté une interface audio et des petits moniteurs. J’ai réenregistré quelques voix et j’ai mixé le tout à partir de chez moi. Je suis très fier de l’énergie investie dans cet album. La patience, la passion et l’instinct ont été clés à la production.

Un album de 9 titres, mais y a-t-il un titre qui te tient particulièrement à cœur par son histoire ?
Pas particulièrement. Ce n’est qu’à posteriori où j’essaie de comprendre le sens de ces chansons. ’Héctor Bellerín’, c’est un titre instrumental pour lequel j’ai donné le nom d’un joueur de foot d’Arsenal, parce le gars est une fusée sur le terrain et que le morceau est une ballade interstellaire. ‘Marathon’ est une impro à la voix au sujet d’une fille qui s’entraîne pour un marathon… ‘Astro Disco’ est la projection d’une soirée psychédélique animé par un DJ astronome. ‘Enepeus’ provient de textes d’Horace. Les paroles, qu’elles proviennent directement de ma plume ou non, ont probablement des sens cachés que je ne connais pas moi-même. C’est une belle manière d’explorer la subconscience. Son appréciation ne demande pas forcément de soulever des réponses à des questions. C’est le voyage qui compte.

Tu as du faire quelques rencontres musicales on imagine au détour d’une scène. Y a-t-il une découverte qui t’a marqué spécialement ?
Je pense que ce qui m’a marqué très fort en 2015 était lorsque j’ai commencé à partager en ligne la musique d’un ancien projet. ‘Keel Her’, un groupe anglais que j’adore m’a répondu pour dire qu’ils ont bien aimé. On est toujours en contact, notamment pour jouer à des concerts en Belgique ou en Angleterre. Cela m’a vraiment touché et m’a donné beaucoup de confiance pour aller à fond sur ‘Lil’ Tone’.

Puisque c’était, il n’y a pas si longtemps encore, la saison de Noël et des cadeaux, c’était quoi le premier disque ou album (ou cassette) que tu as trouvé sous le sapin ?
Hmm, c’était en Angleterre, mon grand frère et moi avons reçus un CD Ultra Top avec la chanson « I want to be a Hippy » de Technohead. C’est complètement débile et ça m’amuse encore aujourd’hui.

La playlist idéale pour un hiver au chaud au coin du feu ?
The Whyte Horses – The Snowfalls
Donnie & Joe Emerson – Good Time
San Pablo – Liftoff
John Maus – Hey Moon
Keel Her – Loser
Maher Shalal Hash Baz – Sunrise
Brian Eno – Fickle Sun (iii) I’m Set Free
Meilyr Jones – All Is Equal In Love
Pulp – My Lighthouse
Richard Hawley – I Still Want You
Rozi Plain – Jogalong
The Barbarians – Moulty
Chamber Brothers – People Get Ready
Jean Claude Vannier – L’alcool
Elli & Jacno – L’âge atomique
The Chemical Brothers – Asleep From The Day
Williams Fairey Band – Pacific 202
Lee Hazlewood – If It’s Monday Morning

As-tu des projets à venir pour 2017 ?
J’ai continué à enregistré des morceaux cette année. Certains sont sortis en octobre dans un EP intitulé ‘Bad Fiesta’ réalisé avec Clément Boileau alias ‘San Pablo’ et mon frère Yann. D’autres sorties ‘Lil Tone’ sont prévus pour le début de 2017. Quelques clips sont prévus à cette fin. Je collabore sur des morceaux avec un pote suisse, Pascal Lopinat, pour lesquels je pose ma voix. Je suis passionné par la radio et j’ai l’intention de réaliser une émission régulière en podcast, qui serait peut-être attachée à mon projet musical. Enfin, cela fait six mois que j’ai mis en place un groupe pour jouer mes morceaux. On les retravaille différemment pour que ça colle à un set live. Je prépare un autre set pour les morceaux plus électroniques. Je commence tout doucement à planifier des concerts pour le printemps.

Une petite anecdote pour terminer cette interview ?
En parlant de radio, un de mes frères habite depuis quelques années à Istanbul. Il participe régulièrement à l’émission ‘Connections’ sur une radio FM, Acik Radyo. Il m’a appelé une demi-heure avant le début d’antenne pour me demander de faire un jingle ‘Lil Tone’ pour l’émission. Ok ! Je n’en ai jamais réalisé. C’était un peu juste au niveau timing et sûrement un peu n’importe quoi, mais il est bien passé !

Et nous te laissons le mot de la fin :
2017 sera mieux ! Oui, oui ! Croyez-moi !

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